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Les partis politiques suivants sont, selon leur programme, en faveur d'une diminution du pouvoir royal, voire officiellement républicains, même si c'est parfois difficile à croire. N'hésitez pas à le leur rappeler !

Textes

 

Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique (Louis Bertrand)

(L'ouvrage entier est accessible gratuitement sur un site de sociologie québecois: ici.)

« Le 19 mai [1831], l'Emancipation publiait un article sur les Républicains. En voici un extrait :

« ... Assurément, il y a des républicains, et il n'y a pas de doute que la turpitude des rois, qui nous ont refusé le duc de Leuchtenberg et le duc de Nemours, qui nous ont fait croupir huit longs mois dans le provisoire, et qui, maintenant toujours le Luxembourg, Maestricht et Anvers en la possession de nos ennemis, nous laissent au bout de ce long espace, à peine entrevoir l'espoir d'obtenir pour roi un Saxe-Cobourg, aux opinions, mille fois plus illibérales que l'ex-roi Guillaume, la turpitude des rois a singulièrement augmenté le nombre des républicains.

« Après tant de déceptions, quel parti reste-t-il à prendre aux hommes généreux pour lesquels patrie et liberté ne sont pas un mot ? Dites ! Quel fruit les Belges ont-ils recueilli de tant de sotte docilité ? De se voir placés entre le prince d'Orange et Saxe-Cobourg.

« Les puissances voudraient, en rendant le résultat de notre révolution le plus désavantageux, et, tranchons le mot, le plus ignominieux possible, nous punir d'avoir brisé un trône qu'elles fondèrent, et dégoûter à jamais des révolutions.

« Tout en établissant qu'il faudrait être fort fat, pour songer à la possibilité du retour du prince d'Orange, avouons que Saxe Cobourg remplirait encore dans toute sa plénitude, le but des puissances.

« Le prince Léopold, autrefois adversaire de l'émancipation catholique, maintenant anti-réformiste, ultra tory, par son éducation et sa vie tout entière, appartenant à cette église anglicane si intolérante ; quelles espérances pourrait-il faire concevoir pour nos libertés politiques, civiles et religieuses ? Nous sentons le besoin de le dire tout haut : son règne serait mille fois plus désastreux pour elles que celui de Guillaume ; il le serait également pour notre prospérité matérielle. D'abord, entièrement étranger aux mœurs belges, accoutumé à la morgue, caractère distinctif de tout aristocrate anglais, il serait en Belgique, seul au milieu de tous, et son gouvernement sans appui, dans l'opinion publique, hors de laquelle il n'y a désormais plus de force ; son gouvernement céderait au moindre choc, et ouvrirait ainsi de nouveau l'antre des révolutions et des perturbations industrielles et commerciales, leurs compagnes ordinaires. »

Dans son numéro du 28 mai, l'Emancipation faisait un parallèle entre ce qu'elle appelait la monarchie élective et la monarchie héréditaire.

Pour le journal catholique bruxellois, la régence de M. Surlet de Chokier était une monarchie élective. Il resterait en fonctions le temps que la Nation le déciderait, et il serait remplacé quand il aurait cessé de plaire.

Voici maintenant comment il apprécie la monarchie héréditaire en la personne du prince Léopold de Saxe-Cobourg :

« Le prince de Saxe-Cobourg est d'origine anglo-saxonne et tient à ce que l'oligarchie a de plus arriéré par sa naissance, son éducation, ses principes, ses relations, sa religion, par sa vie tout entière.

« La vie d'un gentilhomme oisif, riche et plus qu'économe, voilà son passé.

« Saxe-Cobourg a refusé le trône de la Grèce, parce que les affaires de ce malheureux pays étaient trop peu brillantes.

« Lorsque, à la première élection d'un roi, on a parlé de la candidature du prince de Saxe-Cobourg, on l'a rejetée bien loin, jugeant qu'Othon de Bavière, que le Bourbon napolitain, que Charles d'Autriche, qu'Auguste de Leuchtenberg et que le duc de Nemours devaient lui être préférés de beaucoup.

« Or, on ne peut pas à présent songer à lui que comme un pis-aller, et le subir comme un roi imposé.

« Le prince de Saxe-Cobourg a déclaré ne vouloir accepter que pour autant que nous renoncions au Luxembourg et au Limbourg, ou que tout au moins les chefs-lieux de ces deux provinces fussent occupés par les Prussiens, pour garantie de notre obéissance ; pour autant que nous consentions à payer les 16/31èmes de la dette, à ne point élever de prétentions sur la rive gauche de l'Escaut, et en exigeant notre adhésion à tous les protocoles ; à la condition de notre déshonneur et de notre ruine financière. En un mot, Saxe-Cobourg est l'homme de la Sainte-Alliance et de l'Angleterre. »

Et l'article de l'Emancipation se termine par ces mots

« Celui-ci (le prince Léopold) coûtera des millions qu'il entassera.

« Celui-là (le régent Surlet) nous coûtera quelques milliers de florins dont il ne gardera rien.

« Lequel préférez-vous ? » »

(pp. 64 et ss)

Léopold Ier critique la Constitution belge

"Le prince Léopold de Saxe-Cobourg fit donc de sérieuses objections avant d'accepter de devenir le roi des Belges. La Constitution, pourtant si oligarchique et donnant tant de droits et de pouvoirs au roi, ne lui suffisait point.

Il eût voulu avoir le droit de nommer lui-même les sénateurs.

Dans la séance de la Chambre du 24 février 1848, il fut encore question de cette attitude du candidat au trône. Un des anciens membres du gouvernement provisoire, qui avait été délégué à Londres, M. Félix de Mérode, fit alors la déclaration suivante : « Lorsque j'ai été, à Londres, offrir la couronne belge au prince de Saxe-Cobourg avec MM. de Brouckère et de Foere, il nous fit des objections graves sur l'insuffisance du pouvoir accordé au chef de l'État, par notre Constitution de 1830...

« M. LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR. - C'est inconvenant.

« M. DE MÉRODE. - Je rends compte de ma mission.

« M. LE MINISTRE. - Il ne s'agit pas de votre mission.

« M. DE MÉRODE. - Si vous ne voulez pas m'entendre, je ferai imprimer mon discours.

« PLUSIEURS MEMBRES. - Passez cette partie du discours.

« M. DE MÉRODE. - Je ne puis passer une partie du discours. Du reste, ce qui me reste à dire ne concerne que moi.

« Nous reconnûmes l'impossibilité de la modifier, mais nous assurâmes le prince que, dans les lois organiques, nous ferions nos efforts pour que l'autorité royale obtînt tout ce que la loi fondamentale permettait de lui attribuer ; la même assurance lui fut donnée par la députation plus nombreuse qui vint lui porter le décret d'élection de sa personne par le Congrès.

« Je n'ai pas deux paroles, messieurs, j'ai tenu loyalement la mienne. »

Ces messieurs tinrent parole, en effet, comme nous le verrons plus loin."

(pp.67 et ss)

Léopold Ier contre l'autonomie communale


« En ce qui concerne les droits et les privilèges de la royauté, il est certain que la Constitution avait créé une royauté d'un caractère spécial, qui contrastait avec les droits et les avantages accordés aux autres chefs des monarchies de l'époque.

Le principe général qui s'y trouve affirmé, c'est que la nation est maîtresse souveraine et que le roi doit se borner à régner. Tout orgueil personnel ou toute ambition de maison lui étaient interdits en fait. Il devait renoncer à faire prévaloir sa volonté, renoncer à toute ingérence propre dans le gouvernement du pays, en un mot, renoncer à toute politique personnelle.

Voilà ce que voulaient les constituants, voilà quelle fut leur volonté formelle, inscrite dans le pacte fondamental.

Mais qu'arriva-t-il ?

Dès le début du règne de Léopold 1er, les dirigeants s'efforcèrent d'introduire dans la législation l'idée et la forme d'une monarchie toute différente de celle conçue par le Congrès national, d'un pouvoir monarchique procédant de lui-même, gardant pour lui une autorité et des prérogatives qui légalement devaient appartenir aux élus de la nation. En d'autres termes, alors que la Constitution avait organisé, en principe du moins, le gouvernement du pays par le pays, le roi, avec la complicité de ses ministres et des Chambres, émit la prétention., et y réussit souvent, de mettre certaines autorités émancipées sous sa tutelle.
Par une série de mesures, par des modifications à des usages admis précédemment, on essaya d'habituer les esprits à admettre pour la monarchie nouvelle des idées et des droits qui avaient cours dans les monarchies anciennes .

La liste civile, établie par la loi du 28 février 1832, fut fixée à la somme énorme de 2,760,000 francs.

L'article 76 de la Constitution donne le droit au roi de conférer les ordres militaires. Or, dès 1832, les ministres proposèrent la création d'un ordre civil, l'ordre de Léopold. Une première fois la majorité de la Chambre se prononça contre cette institution, évidemment contraire à la Constitution. Mais le gouvernement revint à la charge et la proposition fut admise, on ne saura jamais à la suite de combien d'intrigues, à 2 voix de majorité seulement !

Pendant les premières années, on décora à tour de bras, à tort et à travers, sans même dire pour quels motifs ces faveurs étaient octroyées, alors que l'a loi instituant l'Ordre de Léopold obligeait de préciser la raison de la distinction accordée.

Le roi peut conférer des titres de noblesse en vertu de l'article 75 de la Constitution. Il fut fait abus également de la distribution de ces titres.

Mais ce qui devint plus sérieux, ce fut l'atteinte portée à l'autonomie communale, aux droits des électeurs, en ce qui concerne la nomination des bourgmestres et des échevins.

Par décret du 11 octobre 1830, le gouvernement provisoire avait donné le droit aux notables de chaque commune d'élire les bourgmestre et échevins, et il avait déclaré qu'il y avait nécessité de « réorganiser les administrations communales d'après les principes d'une révolution populaire dans son origine et dans son but. »

Peu de jours après, De Potter, aux acclamations enthousiastes du Congrès, avait invoqué ce décret comme un titre d'honneur pour le gouvernement provisoire.

Un projet de loi déposé le 2 avril 1833, proposa de faire nommer les bourgmestres par le roi, même en dehors du Conseil et de la commune ! Quant aux échevins, le gouvernement proposa de les faire désigner par le roi, dans les communes de plus de 3,000 habitants, et par les gouverneurs dans les autres.

Le secrétaire communal devait être nominé et pouvait être révoqué par le roi !

Ce projet était évidemment une œuvre de réaction. Il constituait une première et grave concession faite à la royauté ; il dénaturait l'esprit de la Constitution et le but démocratique de la révolution, et cela deux ans et demi à peine après les journées de septembre.

La section centrale de la Chambre, saisie du projet, le modifia dans un sens démocratique, mais elle s'arrêta en route. Elle proposa d'attribuer au roi la nomination des bourgmestres, mais dans le sein du Conseil. Elle lui accorda également le droit de nommer les échevins, mais sur une liste triple présentée par le Conseil communal.

Ce premier projet n'eut aucune suite, les ministres du roi étant mécontents des modifications apportées à leur œuvre par la majorité de la section centrale.

Le 4 août 1835, le ministre de Theux déposa un nouveau projet. Dans celui-ci, le gouvernement proposait de rendre obligatoire la nomination des bourgmestres en dehors des Conseils communaux et de les investir de la présidence de l'assemblée communale, avec voix consultative. Les échevins, eux, seraient nominés par le corps électoral.

Ce nouveau projet ne plut pas davantage à la section centrale de la Chambre. La discussion fut longue et animée. Des dissentiments se produisirent entre la Chambre et le Sénat et finalement, trois années après la présentation du projet primitif, la loi communale fut votée le 10 mars 1836 .

Cette loi, produit d'une transaction entre les partisans du pouvoir central et les défenseurs de l'autonomie communale, accordait au roi la nomination du bourgmestre et des échevins, mais restreignait son choix aux membres du Conseil, élus directement par leurs concitoyens. Elle exigeait un cens d'éligibilité, mais refusait au gouvernement le pouvoir de dissoudre les Conseils, pouvoir qu'il réclamait avec beaucoup d'insistance. Elle attribuait à la commune la nomination des agents purement communaux.

Pour montrer combien la Chambre était divisée sur toutes ces questions, il nous suffira de rappeler que le droit reconnu au roi de nommer les bourgmestres, mais dans le sein du Conseil, ne fut adopté que par 41 voix contre 34 et que le droit de nommer les échevins ne lui fut reconnu que par 49 voix contre 42.

La loi communale de 1836 fut une loi de réaction ; elle porta atteinte à l'autonomie des communes et créa un privilège nouveau pour la royauté.»

(pp.84 et ss)

1848: Un républicain fait ses adieux à la Chambre


« Après cinq années de luttes ardentes et passionnées pour le bien public, Castiau fut pris de scrupule au sujet du désaccord de ses opinions républicaines avec celles de la majorité du corps électoral qu'il représentait. Il s'en alla, découragé, quelques jours après la révolution du 24 février.

C'était le 4 avril 1848, au lendemain des journées de Risquons-Tout et de Quiévrain, dont nous parlerons en détail plus loin. Le discours dans lequel il annonce qu'il renonçait à son mandat, est un des plus touchants qu'ait entendus la Chambre belge.

Ayant rappelé les échauffourées qui avaient marqué la tentative ridicule de proclamer la république en Belgique, il déclara :

« Je les regrette doublement, dit-il, parce qu'elles ont froissé le pays dans ce qu'il avait de plus vif et déterminé une réaction passionnée du sentiment national contre ces violences. Je le regrette, parce que si on avait voulu compromettre, perdre en quelque sorte la cause républicaine, on n'aurait certes pas suivi une autre voie.

« Plus que personne j'en suis désolé, car je ne vous ai pas fait mystère ; tous, vous connaissez mes sympathies pour les institutions républicaines. Je crois qu'après avoir traversé la monarchie constitutionnelle, le seul gouvernement possible c'est le gouvernement républicain, c'est-à-dire, le gouvernement du pays par le pays, l'application la plus large de la souveraineté nationale, la participation de la majorité des citoyens aux droits politiques, le principe de l'élection remplaçant le principe et les hasards de l'hérédité. Je crois que plus qu'aucun pays en Europe, la Belgique est mûre pour la république Mais, si je désire l'adoption du régime républicain (pesons bien ces mots), c'est à la condition que ce régime s'établira au nom de la souveraineté nationale ; car si ce régime devait être imposé par la violence de la minorité, croyez bien que je serais le premier à protester contre de telles oppressions

« Voilà, Messieurs, toute ma conviction et ma profession de foi, je vous la livre dans toute sa vérité et j'espère que vous voudrez bien m'en croire. Mais cette conviction, moi qui plaide les droits de la liberté et de la souveraineté nationale, je n'ai certes pas la prétention de l'imposer, ni à la Chambre, ni au pays, ni surtout au collège électoral, qui m'a envoyé dans cette enceinte. Eh ! bien, je le reconnais avec toute loyauté, il y a sur cette question un dissentiment et un dissentiment profond, à l'heure qu'il est, entre mues opinions et celles de la majorité du pays et spécialement de la majorité du collège électoral qui m'a confié mon mandat, car l'on est partout aujourd'hui en pleine réaction monarchique.

« Or, quand un dissentiment semblable éclate, sur une question de forme gouvernementale, qu'y a-t-il faire ? Déposer son mandat et se retirer. C'est le parti que je prends et que j'exécuterai à la fin de la séance. Seulement, veuillez le croire, dans la vie privée comme dans la vie politique, tous mes vœux seront toujours pour le bonheur de mon pays. Pour prix du sacrifice que je m'impose, je ne demande qu'une chose, c'est que ma résolution soit appréciée avec la même loyauté que je l'ai prise, et qu'elle ne m'enlève aucun des droits que je crois avoir à la sympathie de mes amis et à l'estime de mes adversaires. »

« Je n'ai jamais pu lire ces émouvantes paroles, dit M. Discailles, sans éprouver cette sensation indéfinissable qui court à travers tout notre être, quand nous nous trouvons en face du bien, du beau et du bon ! »

La Chambre tout entière, sous le coup d'une réelle émotion de tristesse et d'admiration, s'empressa auprès de Castiau en lui donnant les témoignages les plus vifs de sympathie et de respect. MM. Rogier, Delhougne, Pirson, se firent les interprètes du ministère ou des groupes politiques dont ils étaient membres, pour lui exprimer la douleur que leur causait une détermination désormais irrévocable. Castiau sortit ce jour-là du Parlement pour n'y plus rentrer « emportant (la phrase stéréotypée est vraie cette fois) l'estime et les regrets de tous ses collègues ».

La presse, à quelque nuance qu'elle appartînt, s'associa à ces regrets et à ces témoignages d'estime.

Castiau retourna à Paris et y mourut le 18 décembre 1879, à l'âge de 75 ans, léguant la plus grande partie de sa fortune au bureau de bienfaisance de Péruwelz, sa ville natale. » (pp.234 et ss)

Au tribunal pour injure à la personne du roi


« Mais ce fut surtout l'année 1847 qui fut fertile en procès.

En février, furent renvoyés devant la cour d'Assises du Brabant, comme prévenus d'avoir méchamment et publiquement injurié la personne du roi :
1º P. A. Parys, imprimeur-éditeur du journal l'Argus.
2° P. A. Wuillot, docteur en lettres.
3º Ch. A. Deschamp, rédacteur du Méphistofélès.
4° C. Michaels, ouvrier typographe.
5º B. Dewallens, imprimeur éditeur du Méphistofélès.
6º Ch. Verrassel, libraire-relieur.
7º J. Sacré, imprimeur-libraire.
8° P. J. Dussart, correcteur d'imprimerie.

Léopold 1er étant allé faire un voyage au Tyrol, l'Argus avait publié plusieurs articles à ce sujet.

Dans l'un, les phrases suivantes avaient été déclarées injurieuses :

« Léopold est allé en Tyrol, prendre du lait de chèvre pour se rétablir la poitrine ; on prétend, en effet, qu'il a la poitrine aussi abîmée qu'un comédien qui monterait sur les planches depuis quarante ans ; la comparaison est juste : seulement ce n'est pas sur les planches, mais sur le trône, que Léopold joue la comédie. »

Plus loin :

« Lorsque Léopold aura suffisamment sucé le lait des chèvres du Tyrol, il reviendra sucer l'argent des contribuables ; c'est un homme infatigable. »

La veille de l'ouverture des Chambres, au mois de novembre 1845, Wuillot avait publié une pièce de vers, contenant le passage suivant dans lequel le procureur-général De Bavay avait vu une nouvelle injure pour la personne du roi :

C'est mardi que l'airain de la garde comique,
Par vingt-un craquements de son tonnerre étique, Publiera que Cobourg, vrai pasteur de troupeau,
Daigne parler au peuple en gardant son chapeau.
C'est mardi qu'un monarque, amateur de laitage,
De la Suisse quittant le riant pâturage
Et de son Amalthée abandonnant le pis,
Fera montre au public de ses traits récrépis.
Ce sera magnifique ! À son auguste vue
Nos pauvres députés gagneront la berlue.
Et Rodenbach, au sein du rayonnant milieu,
En revoyant son roi croira voir le bon Dieu :
Le ciel de l'Helvétie a refait sa figure,
Sa chèvre était si jeune et si douce et si pure !
Avec tant de ferveur il en suça le lait
Qu'après tout le Cobourg ne doit plus être laid, etc.


Au banc de la défense se trouvèrent Mes Hohn, D. Picard, Edouard de Linge, Jules Gendebien, Jottrand, d'Aguilor, Huyaux et Wargnies.

L'affaire, dura quatre jours. Douze questions furent posées au jury, qui répondit négativement sur toutes. Les accusés furent acquittés.

(pp.240 et ss)

Pour en finir avec la monachie (Claude Semal)


Ne tournons pas autour du trône : la monarchie est à mes yeux une insulte permanente au progrès, à la raison et à la démocratie. Qu'il puisse donc y avoir, à l'aube du XXIème siècle, des gens estimables pour encore en défendre le principe demeure pour moi une des grandes énigmes de l'Univers comme l'identité du Masque de Fer, le fonctionnement du robinet des douches dans les chaînes hôtelières françaises ou la vie sexuelle du Taenia Saginata (plus trivialement appelé ver solitaire par ses hôtes et ses intimes qui sont hélas souvent les mêmes).

On peut rêver j'y rêve chaque jour d'une société où chacun, en conscience et en droit, se sentirait à la fois membre actif d'une Cité et libre citoyen de la planète sans avoir besoin pour cela de drapeaux, de frontières et d'hommes respectables incarnant la nation. Mais comme pour la majorité d'entre nous et pour quelques siècles encore je le crains, ces archaïques symboles seront encore parfois utiles pour nous forger un semblant d'identité, ne sommes nous pas au moins en droit de choisir ceux qui nous rassemblent ?

Comment, mais comment pourrait on admettre que le porte parole d'un État démocratique et moderne soit encore aujourd'hui désigné, non en vertu de ses supposées qualités, mais en fonction de son seul pedigree ? De quoi parle-t on ici ? D'un cheval de course, d'un bœuf charolais ou d'un chef d'État ?

L'argument le plus curieux que j'aie entendu à ce propos avait la naïveté et la force de l'évidence : la majorité des démocraties ne sont elles pas des monarchies parlementaires ? Bon sang, c'est bien sûr ! Mais entre la monarchie et la démocratie, quel est le lien de cause à effet ? Tous les États modernes ont préalablement été des royaumes ou des empires et la majorité d'entre eux ont gardé des traces institutionnelles de ce passé. Et alors ? Cela n'a empêché ni l'Italie et l'Espagne de devenir fascistes, ni la République française d'être une démocratie. On pourrait tout aussi bien trouver une corrélation entre la consommation de beurre par tête d'habitant et la carte des démocraties parlementaires. En déduirait on pour autant qu'il faut manger du beurre pour vivre en démocratie ?

Un peu désarçonné par cette irruption des quotas laitiers au beau milieu de ma démonstration, mon contradicteur (car en abordant un tel thème en Belgique, vous imaginez bien que j'ai toujours un contradicteur !) change alors d'angle d'attaque.

Le Sujet de base entretient en effet avec Son Roi un curieux rapport où le respect se mêle à l'affection. Rapport au père, diraient les psys qui savent que ce n'est pas sans raison que les chefs d'État sont souvent appelés "pères de la nation". C'est donc la royale personne, et non plus sa fonction, qu'on va dès lors affectueusement me brandir sous le nez : "Enfin quoi ! Notre roi n'est-il pas gentil, démocrate et compé- tent ?". Ça se discute. Mais cette discussion-là, je ne veux même pas y entrer. Car je me fous complètement, moi, de savoir si le roi est "gentil, démocrate et compétent". On en a connu dans l'Histoire des gentils et des méchants, des démocrates et des tyranniques, des ascètes et des coureurs de jupons, des bigots et des francs maçons, des génies inspirés et des crétins du Danube. D'admirables rois résistants qui se faisaient coudre une étoile jaune sur la poitrine, et de moins admirables rois collabos qui préféraient pactiser avec les nazis. Et alors ? Le problème n'est pas qu'il y ait de "bons" et de "mauvais" rois. Le problème est qu'il y ait des rois et que, "bons" ou "mauvais", les peuples sont censés accepter celui qu'on leur donne !

"Ce n'est pas si simple", rétorque mon interlocuteur, en qui je découvre avec surprise un lecteur assidu de Point de Vue/ Images du Monde. "Si le Prince Philippe en Belgique, si le Prince Charles en Angleterre n'avaient pas le profil, la vocation ou les compétences pour exercer charge, ils pourraient toujours abdiquer au bénéfice de leur fils ou de leur sœur".

Ah ! bon ? On choisit quand même, alors ? Et qui en décide ? Et on choisit entre qui et qui ? Entre "princes de sang", nés du même lit à baldaquin ? Il y aurait donc une race élue, seule apte à exercer le pouvoir ? De l'ADN à l'ABL (Armée Belge/Belgische Leeg, nos bilingues forces armées, dont le Roi est constitutionnellement encore le chef), le génie par les gènes ? Mais c'est du racisme, ça, mes petits lapins. Et encore : du racisme pur et dur ! N'ai je pas lu dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, dont la Bel-gique est si je ne m'abuse signataire, que les Hommes naissaient libres et égaux en droits ?

À ce stade du débat, mon interlocuteur opère généralement un prudent retrait tactique : en démocratie, le pouvoir royal serait purement symbolique et franchement, avec tous ces chômeurs et la guerre civile au Rwanda n'avons nous pas d'autres chats à fouetter ?

Un pouvoir symbolique, vraiment ?

Quand Léopold II puisqu'on parle du Rwanda fait du Congo sa propriété personnelle, finance toute son infrastructure ferroviaire en en faisant "don" à l'État belge mais conserve précieusement les richesses minières qui sont à la base de l'actuelle fortune royale est ce un "pouvoir symbolique" ?

Quand Léopold III, chef de l'État et chef des armées, signe un armistice avec l'Allemagne nazie contre l'avis des Alliés et du gouvernement belge en exil, est ce un "pouvoir symboliques" ?

Quand Baudouin Ier pratique une Interruption Volontaire de Royauté de 24 heures pour ne pas devoir signer la loi du peuple belge sur l'avortement c'est une décision symbolique, d'accord mais est-elle sans portée sur la vie politique du pays ?

Car enfin, essayons d'être logiques : ou bien le "symbolique" pouvoir royal est effectivement insignifiant (comme on parle d'un "franc symbolique") et qu'attend on alors pour supprimer cette moyenâgeuse, inutile et coûteuse insignifiance ?
.
Ou bien ce pouvoir fait malgré tout sens, fonction et autorité (comme on pose un "acte symbolique") et l'on en revient à ma première question : comment et en vertu de quoi choisit on celui qui l'exerce ?

En ce qui concerne les "autres chats à fouetter", je conviens volontiers de ce que l'éradication de la monarchie ne me semble aujourd'hui en Belgique ni une urgence, ni une priorité. En débattre, par contre, oui. Et pas un peu.

Car lorsque la majorité écrasante de mes concitoyens, dont beaucoup se considèrent certainement comme "progressistes, démocrates et raisonnables", défendent en toute bonne foi un point de vue qui contredit si ouvertement le progrès, la démocratie et la raison, c'est qu'il y a là "autre chose" à l'œuvre. Un de ces tabous majeurs qui, parce qu'ils nous font prendre une imposture pour une évidence, nous empêchent de penser en hommes libres et adultes et nous interdisent d'imaginer même un monde sans dieux, sans maîtres... et sans rois.

On s'en souvient peut être, Léopold III, violemment mis en cause par une partie de l'opinion pour son attitude pendant la Seconde Guerre Mondiale, avait finalement abdiqué en faveur de son fils pour mettre fin à la Question Royale.

On s'en souvient moins souvent, Julien Lahaut et des députés communistes avaient alors, en plein Parlement belge, crié "Vive la République !" lors de la prestation de serment de Baudouin Ier. Lahaut fut assassiné quelques jours plus tard, à Seraing, de quelques balles en plein cœur, sur le seuil de sa maison, par des inconnus venus sonner à sa porte. La Justice n'a jamais retrouvé ses assassins.

À chaque époque ses crimes non élucidés, ses incendiaires anonymes et ses introuvables tueurs du Brabant. C'est aussi cela, notre symbolique histoire commune.

Petites Mythologies belges

Voilà un petit ouvrage intelligent, commis par Jean-Marie Klinkenberg [1]. Et dont tout un chapitre est consacré à un incontestable mythe belge : « Ovationner le roi ». En voici un extrait, en guise de mise en bouche.

Mais être roi est-il vraiment un métier comme un autre ? On se prend à en douter quand on s'avise que les deux lourdes contraintes dont il vient d'être question sont compensées par des pratiques qui seraient lourdement sanctionnées dans d'autres professions. Prenons à titre d'exemple un épisode du règne du feu roi Baudouin. Le fait qu'il a été incapable de régner a-t-il été constaté à la suite d'une visite médicale, et couvert par un certificat ? Si oui, quel médecin contrôle a été amené à vérifier la validité du certificat remis ? S'il était apparu que ce certificat était faux, et que l'incapable de régner avait voulu se soustraire à ses obligations professionnelles, le fait d'avoir voulu abuser l'autorité - un estompement de la norme ? - autorisait-il l'employeur, en l'occurrence le peuple belge, à licencier l'employé pour faute grave ? Et s'il avait été établi que ledit employé carottait, les jours non prestés auraient-ils fait l'objet d'une retenue sur salaire ? Par ailleurs, chacun le sait, certains métiers sont incompatibles avec la conscience. Et la loi belge, grâce à Dieu (je parle de Marcel) et à Jean van Lierde, autorise l'objection de conscience: à certaines conditions, elle soustrait celui qui le désire avec force à l'obligation de tuer son prochain. Cette loi stipule notamment que l'objecteur ne peut exercer une profession qui comporte, même occasionnellement, le port d'une arme. N'aurait-il pas fallu, dès lors, éviter d'orienter l'objectant vers un métier qui comporte, et point occasionnellement, l'obligation de signer des lois susceptibles d'être contraire à ses convictions ? (Car la signature est une arme: les campagnes d'Amnesty International nous le rappellent opportunément.) Entourloupe pour entourloupe : ne pouvait-on, comme on le fait avec d'autres métiers, étudier une mise à la prépension ? voire restructurer le secteur ? Et ne parlons pas de la camaraderie en milieu du travail: ne pas vouloir s'acquitter de telle tâche parce qu'on ne l' aime pas, et demander aux autres de l'assumer, c'est admissible quand cela ne gêne pas ces autres.

Mais quand ils ont les mêmes réticences que vous, n'est-il pas un peu délicat d'user de son ancienneté, ou de ses relations avec le patron, pour leur forcer la main ?

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[1] Jean-Marie Klinkenberg, Petites mythologies belges, éditions Labor/Espace de Libertés, 2003. Jean-Marie Klinkenberg est par ailleurs signataire de notre Appel à une citoyenneté responsable.

En librairie :